La crevette sakura est un produit de la mer rare issu de la baie de Suruga, dans la préfecture de Shizuoka. Au Japon, les captures commerciales sous licence proviennent exclusivement de cette baie. Les habitants l’appellent sakura ebi, et sa teinte rose tendre explique ce nom évoquant la fleur de cerisier. Cet article présente la saison de pêche, la culture des pêcheurs et les meilleures façons de la déguster.
Alors, qu’est-ce que la crevette sakura exactement ? C’est une minuscule crevette de grands fonds, d’environ 4 cm de long, que l’on mange entière avec sa carapace souple. On la savoure crue, pochée, séchée au soleil ou encore en beignets croustillants appelés kakiage.
- Rareté : la pêche commerciale a lieu uniquement dans la baie de Suruga, à Shizuoka.
- Saison : deux brèves périodes, au printemps et en automne.
- Plat emblématique : le kakiage, un beignet de tempura mélangé bien croustillant.
La crevette sakura en bref

| Origine | Baie de Suruga, Shizuoka ; la pêche débuta à Yui en 1894 |
| Méthode de pêche | Chalutage nocturne à deux bateaux aux ports de Yui et d’Oigawa |
| Saison | Printemps (de fin mars à début juin) et automne (de fin octobre à fin décembre) |
| Comment la déguster | Crue, pochée (kamaage), séchée au soleil, ou en beignets kakiage |
| Où la goûter | Le quartier de Yui et la ville de Shizuoka ; chez Kurasawaya, Gohan ya Sakura |
Qu’est-ce que la crevette sakura ?

La crevette sakura (sakura ebi) est une petite crevette d’eau profonde mesurant environ 40 mm. Dans l’eau, son apparence est quasi translucide. Une fois remontée à terre, sa couleur rose se révèle nettement, une nuance qui a valu à cette crevette son nom de fleur de cerisier. Les gens du coin la surnomment aussi « le rubis de la mer ».
On la mange tout entière, carapace, tête et tout le reste. La fine carapace apporte un léger croquant et une bonne dose de calcium. Sa saveur est à la fois douce et savoureuse, avec un propre parfum d’océan. Malgré sa petite taille, ce fruit de mer local montre une étonnante profondeur. Comparée à la crevette blanche de la baie de Toyama, elle possède un goût plus marqué et légèrement noiseté.
Où pêche-t-on la crevette sakura ?
La baie de Suruga, dans la préfecture de Shizuoka, est le seul endroit du Japon à détenir des permis commerciaux pour la capture de la crevette sakura. Environ 120 navires agréés opèrent en paires depuis les districts de Yui, Kambara et Oigawa. Chaque pêche est débarquée uniquement sur deux ports : le port de Yui et le port d’Oigawa. Les ventes aux enchères matinales qui s’y tiennent déterminent les prix pour l’ensemble du pays.
Pourquoi uniquement la baie de Suruga ?
L’explication se trouve dans la baie elle-même. La baie de Suruga est la fosse marine la plus profonde du Japon, descendant jusqu’à 2 500 mètres environ. Cette profondeur exceptionnelle, si proche des côtes, crée un habitat idéal pour cette espèce abyssale. Le jour, les crevettes stationnent entre 200 et 350 mètres de fond. La nuit, elles remontent pour se nourrir jusqu’à une profondeur de 20 à 60 mètres à peine.
Les pêcheurs exploitent ce comportement. Deux bateaux sortent ensemble une fois la nuit tombée et tirent un filet entre eux à travers cette couche d’eau superficielle. Une fois le trait refermé, les marins aspirent les crevettes par de larges tuyaux et les transfèrent dans des bacs. De retour au port, la pêche repose dans des chambres froides jusqu’à la criée du lendemain matin. Tout le cycle, du fond marin jusqu’à la mise en vente, s’effectue en l’espace de quelques heures.
Histoire de la pêche à la crevette sakura
Cette industrie est née d’une heureuse erreur. En 1894, deux pêcheurs d’Imajuku, aujourd’hui partie intégrante de Yui, mirent le cap de nuit pour pêcher le chinchard. Ils oublièrent les flotteurs qui maintiennent d’ordinaire le filet près de la surface. Cet oubli entraîna la découverte de la crevette sakura.
Leur filet coula bien plus profondément que prévu. Lorsque Mochizuki Heishichi et Watanabe Chubei le remontèrent, il était rempli de quelque 150 kg de crevettes roses. Cet accident révéla que pêcher plus profond produisait des prises énormes. La pêche à grande échelle débuta l’année suivante à Yui, puis à Kambara en 1896. À partir de là, la crevette sakura devint une industrie emblématique de Shizuoka.
Une pêcherie rigoureusement gérée
Cette exploitation halieutique est également réputée pour sa modération. En vertu d’un arrêté préfectoral, la pêche s’interrompt du 11 juin au 30 septembre pour préserver la reproduction. Les équipages observent aussi un repos volontaire de janvier à mars. Le système de mise en commun des recettes a une genèse encore plus singulière. Après des années de compétition acharnée et de problèmes de pollution dans les années 1960, la flottille commença des essais de mutualisation en 1968. En 1977, les trois districts se fédérèrent sous un seul système de mutualisation intégrale, partageant équitablement chaque yen de chiffre d’affaires. Aucun bateau ne tire avantage de la surpêche, donc personne ne surpêche.
Ce système a récemment subi sa plus rude épreuve. Les prises ont chuté à des niveaux historiquement bas entre 2018 et 2020. Face à cela, l’Université de Shizuoka a lancé en 2019 un projet commun de régénération de la ressource avec les coopératives locales. Des signes de rétablissement sont apparus à partir de la campagne d’automne 2021. Les équipages effectuent toujours des pêches expérimentales avant chaque saison et écourtent celle-ci lorsque la ressource paraît fragile. C’est une petite pêcherie, mais une pêcherie réfléchie. Ce soin est la raison pour laquelle la crevette revient encore chaque année.
Saison et période idéale pour la déguster
Le calendrier de pêche comporte deux brèves fenêtres. Les dates précises fluctuent légèrement d’une année sur l’autre, selon les résultats des pêches expérimentales.
| Saison | Période | À quoi s’attendre |
|---|---|---|
| Printemps | De fin mars à début juin | La saison principale ; des crevettes charnues et des animations portuaires animées |
| Automne | De fin octobre à fin décembre | Une session plus courte au goût profond et concentré |
| Été et hiver | Fermé | Pas de pêche, pour protéger la reproduction et les stocks |
Pour déguster de la crevette sakura crue, mieux vaut s’y rendre durant ces fenêtres. La véritable crevette fraîche et crue voyage rarement loin de Yui ou de la ville de Shizuoka. En revanche, les produits séchés et surgelés sont disponibles toute l’année.
Comment manger la crevette sakura

Sur place, on déguste cette crevette sous quatre formes principales. Crue, elle offre un goût doux et délicat, généralement posée sur du riz avec du gingembre râpé. La version pochée kamaage devient charnue et légèrement saumâtre. La crevette séchée au soleil concentre l’umami le plus puissant, parfaite en condiment. Enfin, il y a le kakiage, le fameux beignet, qui constitue une déclinaison locale du tempura.
Les crevettes sakura séchées fonctionnent aussi comme un condiment de tous les jours. Parsemez-en sur des yakisoba, des okonomiyaki ou des salades. En réalité, c’est une garniture classique des Yakisoba de Fujinomiya, une autre spécialité de Shizuoka.
Okiagari : Le plat des pêcheurs
Un plat local apparaît rarement dans les guides. On l’appelle sakura ebi no okiagari, littéralement « revenant de la mer ». Les pêcheurs qui rentraient de leurs chaluts nocturnes faisaient mijoter des crevettes fraîches avec du tofu et de la ciboule. Le bouillon utilise de la sauce soja, du saké et un peu de sucre, assez proche d’un sukiyaki léger. La douceur de la crevette approfondit le bouillon en quelques minutes. Les familles de Yui le préparent encore pendant la saison, et quelques restaurants locaux le proposent. Honnêtement, c’est peut-être ma manière préférée d’appréhender cette crevette. Si vous voyez okiagari sur un menu, commandez-le sans hésiter.
Le séchage au soleil et le tapis rose

Les producteurs font sécher au soleil une partie de chaque prise sur le lit de la rivière Fuji. Les aires de séchage deviennent d’un rose vif, avec le mont Fuji qui s’élève derrière elles. Les gens du coin appellent cette vue le « tapis rose », et des photographes font de longs trajets pour l’admirer. Ce spectacle n’apparaît que durant les saisons de pêche, par temps clair. Le séchage n’est pas seulement beau, par ailleurs. Il concentre l’umami et permet de savourer la crevette tout au long de l’année.
Recette du Kakiage aux Crevettes Sakura

Quel type de crevette sakura utiliser ?
| Type | Idéal pour | Remarque |
|---|---|---|
| Crue (fraîche ou surgelée) | Un kakiage riche et juteux | Difficile à trouver en dehors de Shizuoka |
| Cuite (kamaage) | Cette recette ; facile et douce | Largement vendue en paquets |
| Séchée | Une note d’umami prononcée | Utilisez environ la moitié de la quantité |
Ingrédients du Kakiage aux Crevettes Sakura
| Ingrédients du Kakiage aux Crevettes Sakura pour 2 personnes | Quantités |
|---|---|
| Oignon | 75g |
| Oignon vert / Ciboule | 30g |
| Crevette sakura / ebi cuite | 50g |
| Sel | 1,5g |
| Farine à gâteau | 50g |
| Eau | 60g |
| Huile de salade | 15-30g |
Comment préparer le Kakiage aux Crevettes Sakura
Émincez l’oignon finement et coupez les oignons verts en petits morceaux. Mettez l’oignon émincé, les oignons verts, les crevettes, le sel et la farine dans un saladier. Ensuite, mélangez bien le tout.
Incorporez progressivement l’eau au mélange tout en remuant, jusqu’à ce que la pâte se forme. Si elle semble trop épaisse, ajoutez un peu d’eau. Si elle paraît trop liquide, ajoutez de la farine. Une fois mélangée, divisez la pâte en 4 portions égales.
Versez l’huile de salade dans une poêle sur une profondeur d’environ 5 mm. Chauffez-la à 170-180°C. Étalez deux portions de pâte dans la poêle et faites frire. Lorsque le dessous devient doré, retournez-le. Baissez le feu et laissez frire environ 2 minutes de plus.
Vous pouvez aussi enrober le kakiage de sauce et le déposer sur du riz pour préparer un bol de riz au kakiage.
- Conseil 1 : ne surchargez pas la poêle ; faites frire une ou deux pièces à la fois.
- Conseil 2 : maintenez l’huile entre 170 et 180°C pour que le beignet croustille sans brûler.
- Conseil 3 : servez immédiatement ; le croquant disparaît vite une fois refroidi.
Où déguster la crevette sakura à Shizuoka
Kurasawaya (くらさわや)

Kurasawaya se trouve sur une colline le long de l’ancienne route du Tokaido. Depuis les fenêtres, on aperçoit le mont Fuji et la péninsule d’Izu par-delà la baie de Suruga. Le menu va de la crevette sakura crue aux plats frits en passant par le riz aux crevettes. Son kakiage à la pâte fine est le clou du spectacle, et honnêtement, il vaut le déplacement à lui seul.
- Idéal pour : un menu complet à la crevette sakura avec vue sur le mont Fuji.
- Plat signature : le kakiage croustillant à la pâte fine.
- Accès : sur les hauteurs au-dessus de Yui, arrondissement de Shimizu, ville de Shizuoka.
- Budget : environ 2 000 à 3 500 yens par personne.
Gohan ya sakura (ごはん屋さくら)
Cette adresse chaleureuse près de Yui propose des crevettes sakura fraîches à des prix abordables. Le menu explore les versions crues, bouillies, en kakiage et mijotées en tsukudani à la sauce soja. Le très demandé plateau découverte « Sakura Shrimp Set Meal » les réunit toutes sur un seul plateau. Avec ses tables classiques et ses espaces en tatami, l’établissement convient aussi bien aux familles qu’aux voyageurs de passage.
- Idéal pour : comparer toutes les préparations dans un même menu abordable.
- Plat signature : le plateau découverte Sakura Shrimp Set Meal comprenant cru, kakiage et tsukudani.
- Accès : Yuiimajuku, Shimizu-ku, à proximité de l’ancien relais de Yui.
- Budget : environ 1 500 à 2 500 yens par personne.
Vous prévoyez une journée gourmande plus large ? Associez votre déjeuner aux crevettes avec un Oden de Shizuoka dans le centre-ville. Le bouillon sombre et la poudre de dashi créent un contraste amusant après la délicatesse des fruits de mer.
Guide des prix : que commander
- Bol de crevettes sakura crues : environ 1 500 à 2 000 yens, uniquement en saison.
- Kakiage (à l’unité) : environ 300 à 600 yens dans les établissements simples.
- Formule repas (teishoku) : environ 1 500 à 2 500 yens avec plusieurs déclinaisons.
- Sachet de crevettes séchées : environ 500 à 1 500 yens selon la qualité.
- Crackers senbei aux crevettes : environ 300 à 800 yens le sachet.
Où acheter des souvenirs à la crevette sakura
Faire ses emplettes est simple autour de la gare de Yui, de la gare de Shizuoka et dans les aires de service autoroutières. Les crevettes séchées au soleil conviennent aux cuisiniers en quête d’une touche umami pour agrémenter nouilles et riz. Les crackers senbei aux crevettes se transportent facilement et plaisent à presque tout le monde. Les crevettes surgelées crues séduiront les amateurs de sashimi disposant d’un sac isotherme et d’un court trajet. Les paquets kamaage se situent entre les deux : prêts à déguster, délicatement saumurés et parfaits sur un bol de riz. Si vous hésitez, commencez par un petit sachet de crevettes séchées. Il se conserve des mois et transforme instantanément la cuisine maison.
Résumé

La crevette sakura est une crevette rose rare pêchée dans la baie de Suruga et une véritable fierté de Shizuoka. Un simple accident survenu en 1894 a donné naissance à une pêcherie que les locaux gèrent aujourd’hui avec un soin attentif. Il en résulte un produit de la mer que l’on peut déguster cru, bouilli, séché ou croustillant en kakiage. Si vous visitez Yui ou la ville de Shizuoka pendant la saison de pêche, essayez-la d’abord crue puis en kakiage.
Vous pouvez également goûter d’autres spécialités japonaises à base de crevettes. Nous vous recommandons la langouste Ise ebi et la crevette blanche de Toyama !
FAQ sur la crevette sakura (Sakura Ebi)
Que sont les crevettes sakura ?
Ce sont de petites crevettes roses d’environ 4 cm de long. Au Japon, seuls des bateaux autorisés les pêchent dans la baie de Suruga, à Shizuoka. On les mange entières, y compris la carapace molle et la tête.
Pourquoi les appelle-t-on « sakura » ?
Le nom vient de leur couleur. Leur teinte rose pâle rappelait aux habitants les fleurs de cerisier, ou sakura. Les crevettes paraissent presque transparentes dans l’eau, et la couleur rose apparaît une fois qu’elles sont pêchées.
Peut-on manger les crevettes sakura crues ?
Oui, et crues, c’est le favori local. La crevette fraîche crue se gâte vite, cependant, donc elle quitte rarement la région. Pour la vraie expérience, rendez-vous à Yui ou à Shizuoka pendant la saison de pêche.
Quand est la saison ?
Il y a deux périodes chaque année. Le printemps va de fin mars à début juin, et l’automne de fin octobre à fin décembre. L’été est fermé afin que les crevettes puissent frayer en toute sécurité.
Quel est le plat le plus populaire ?
Le kakiage remporte la palme. Ce beignet croustillant mélange les crevettes avec des oignons dans une pâte légère. Les restaurants autour de Yui le servent en menu, sur des bols de riz, et même sur des soba.
Faut-il enlever la carapace ?
Pas besoin de décortiquer. La carapace est fine et tendre, donc on mange la crevette entière. C’est aussi pour cela que ce fruit de mer apporte beaucoup de calcium.
Où peut-on en manger ?
La région de Yui propose les plats les plus frais, juste à côté du port. Les restaurants de Shizuoka les servent également largement en saison. Ailleurs au Japon, vous trouverez surtout des versions séchées ou surgelées.
Pourquoi les fait-on sécher au soleil ?
Le séchage au soleil conserve la pêche et concentre l’umami. Les aires de séchage près de la rivière Fuji créent la célèbre vue du « tapis rose » avec le mont Fuji en arrière-plan. Parsemez les crevettes séchées sur des yakisoba, des okonomiyaki ou des salades.
Sont-elles saines ?
Elles constituent un choix nutritif. Manger la crevette entière apporte beaucoup de calcium, et la carapace contient de l’astaxanthine, un pigment antioxydant. Comme pour tout fruit de mer, l’équilibre compte plus que la quantité.
Deviennent-elles rouges à la cuisson ?
Pas vraiment. Contrairement à la plupart des crevettes, elles sont déjà roses lorsqu’elles sont crues. La couleur reste presque la même après ébullition ou friture, ce qui rend les plats vifs et festifs.
Références
- MAFF (Ministère de l’Agriculture, des Forêts et des Pêches), Nos cuisines régionales : Sakura Ebi no Kakiage (Shizuoka), https://www.maff.go.jp/j/keikaku/syokubunka/k_ryouri/search_menu/menu/sakuraebi_no_kakiage_shizuoka.html (Consulté le : juillet 2026)
- Pride Fish (JF Zengyoren, Fédération nationale des coopératives de pêche), Suruga Bay Sakura Ebi, https://www.pride-fish.jp/JPF/pref/detail.php?pk=1623739618 (Consulté le : juillet 2026)
- Université de Shizuoka, Projet de recherche sur la régénération des ressources de crevettes sakura de la baie de Suruga, https://wwp.shizuoka.ac.jp/sakuraebi/ (Consulté le : juillet 2026)
- Fondation Sasakawa pour la paix, Institut de recherche sur la politique des océans, Bulletin Océan : la pêche de la sakura ebi de la baie de Suruga aujourd’hui, https://www.spf.org/opri/newsletter/349_3.html (Consulté le : juillet 2026)
- Coopérative de pêche du port JF Yui, Site officiel, https://yuikou.jp/ (Consulté le : juillet 2026)
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