Le shōjin ryōri (精進料理) est la cuisine traditionnelle des temples bouddhistes au Japon. Entièrement végétale, elle n’utilise ni viande, ni poisson, ni aucun produit d’origine animale, et elle est préparée par les moines dans le cadre de leur pratique spirituelle depuis plus de huit cents ans. Mais la réduire à de la « cuisine végétarienne » revient à passer à côté de l’essentiel. Le shōjin ryōri n’est pas une restriction alimentaire. C’est une philosophie complète de la manière de cuisiner, de manger et de vivre avec intention. Le repas lui-même est indissociable de la pratique qui l’entoure.
Qu’est-ce que le shōjin ryōri ?

Le shōjin ryōri (精進料理) est la cuisine végétarienne développée au sein des monastères bouddhistes japonais, en particulier dans la tradition zen. Le mot shōjin (精進) signifie se consacrer pleinement à une voie et purifier l’esprit par la discipline. Ryōri (料理) signifie simplement « cuisine » ou « gastronomie ». Ensemble, ces termes décrivent une manière de préparer et de consommer la nourriture qui constitue en soi une forme d’entraînement.
Tous les ingrédients utilisés sont d’origine végétale : légumes, tofu, yuba, tempeh, algues, céréales, légumineuses, sésame et fruits. Pas de dashi à base de poisson ou de bonite, pas d’œufs et pas de produits laitiers. La cuisine suit les saisons, est préparée avec soin et servie avec la conscience que l’acte de cuisiner et de manger est aussi porteur de sens que toute autre partie de la vie monastique. Le shōjin ryōri est étroitement associé au bouddhisme zen et est encore servi dans des restaurants de temples à travers Kyoto, Wakayama et Kamakura.
Shōjin ryōri vs cuisine végane : une distinction importante
C’est le premier point à clarifier, car le shōjin ryōri est souvent présenté comme la réponse japonaise à la cuisine végane. La liste des ingrédients se recoupe largement. Mais les motivations et les règles diffèrent d’une manière qui compte.
Le véganisme, tel qu’il est généralement compris dans la culture alimentaire occidentale, est avant tout une position éthique contre l’exploitation des animaux. Les règles alimentaires découlent de cette position. Le shōjin ryōri provient d’une autre tradition : les préceptes bouddhistes contre le fait de prendre la vie (ahimsa, ou fusesshō en japonais), combinés à l’idée que stimuler les désirs du corps par la nourriture crée des obstacles à la pratique spirituelle. L’objectif n’est pas seulement de réduire les dommages. Il s’agit de cultiver un état mental et spirituel particulier à travers ce que l’on mange et la façon dont on le prépare.
Une conséquence pratique de cette différence est la règle des cinq racines âcres, décrite dans une section dédiée ci-dessous. La cuisine végane standard n’a pas une telle restriction. Le shōjin ryōri exclut entièrement l’ail, les oignons et autres alliacées aromatiques, non pour des raisons éthiques mais spirituelles. Cette distinction fait du shōjin ryōri quelque chose de plus spécifique qu’un régime végan, même lorsque les deux se ressemblent dans l’assiette.
Les cinq racines âcres (gokun) : ce qui rend le shōjin ryōri unique

L’une des questions les plus fréquentes à propos du shōjin ryōri est de savoir pourquoi l’ail et les oignons en sont absents. La réponse se trouve dans le concept de gokun (五葷), les cinq racines âcres interdites dans la cuisine végétarienne bouddhiste.
Les cinq plantes interdites sont l’ail, les oignons, les oignons verts, la ciboulette chinoise, et les échalotes ou rakkyo. La liste exacte varie légèrement selon les écoles bouddhistes et les périodes historiques. Mais le raisonnement reste cohérent : l’enseignement bouddhiste estime que ces légumes surstimulent le désir et la colère lorsqu’ils sont consommés cuits, et diminuent la vitalité ainsi que la clarté spirituelle lorsqu’ils sont consommés crus. Leurs fortes odeurs perturbent aussi l’état méditatif et témoignent d’un manque de respect dans les espaces de pratique communautaire.
C’est la différence la plus nette entre le shōjin ryōri et la cuisine végane occidentale. Un plat végan fondé sur des légumes rôtis à l’ail ne serait pas du shōjin ryōri, même sans aucun produit d’origine animale. Pour quiconque cuisine dans la tradition shōjin, l’interdiction du gokun est aussi fondamentale que l’évitement de la viande.
Cuisiner comme pratique : le cœur spirituel du shōjin ryōri
Dans le bouddhisme zen, la cuisine n’est pas un simple lieu de service. La pratique s’y déroule avec le même sérieux que dans la salle de méditation. Un moine désigné, appelé tenzo, assume la responsabilité de tous les aspects de la préparation des repas, et le monastère considère ce rôle comme l’un des plus exigeants et des plus significatifs.
Dōgen Zenji, moine du XIIIe siècle fondateur de l’école Sōtō du zen au Japon, a rédigé un texte intitulé Tenzo Kyōkun, ou Instructions pour le cuisinier, qui demeure l’un des documents fondamentaux du shōjin ryōri. Il y décrit trois qualités d’esprit que le tenzo doit cultiver : kishin (un cœur joyeux qui prend plaisir à cuisiner pour les autres), roshin (un cœur bienveillant, presque parental, qui veille sur chaque ingrédient avec attention) et daishin (un cœur généreux, sans biais ni attachement).
L’idée est que la manière de cuisiner compte autant que ce que l’on cuisine. Laver les légumes en pleine conscience, ne gaspiller aucune partie d’un ingrédient, composer un repas en prêtant attention aux couleurs et aux proportions : ce ne sont pas des choix esthétiques. Chaque geste fait partie de la pratique elle-même. Manger le repas issu de ce processus prolonge l’entraînement, et laver les bols ensuite le complète. Toute la séquence, de la préparation au nettoyage, constitue un seul et même acte ininterrompu de pratique.
La composition d’un repas de shōjin ryōri

Le shōjin ryōri suit une logique de composition très structurée. Ces principes proviennent du Tenzo Kyōkun et s’appliquent à chaque repas, du plus simple petit-déjeuner au temple jusqu’à un kaiseki formel en plusieurs services.
Cinq couleurs (goshoku)
Chaque repas doit intégrer cinq couleurs : rouge, blanc, vert, jaune et noir ou violet. Ce n’est pas uniquement visuel. Chaque couleur correspond à une catégorie différente d’aliments végétaux ainsi qu’à une qualité nutritionnelle et énergétique distincte. Un bol de riz blanc, des épinards verts, du potiron jaune, du sésame noir profond et une prune marinée rouge permettent d’atteindre naturellement cet équilibre.
Cinq goûts (gomi)
Les cinq goûts sont l’amer, l’acide, le sucré, le piquant et le salé, auxquels on ajoute parfois un sixième : tanmi, le goût léger ou neutre qui laisse s’exprimer la saveur naturelle d’un ingrédient. Le but n’est pas un assaisonnement puissant. Il s’agit de couvrir l’ensemble du spectre des saveurs avec retenue, en laissant les ingrédients parler plutôt qu’en les masquant.
Cinq méthodes de cuisson (gohō)
Les cinq méthodes sont le cru, le bouilli, le grillé, le frit et le cuit à la vapeur. Un repas de shōjin ryōri bien composé utilisera les cinq au fil des plats. Cela garantit une variété de textures et montre le savoir-faire du cuisinier à faire ressortir des qualités différentes à partir d’un même ensemble d’ingrédients limité.
Ingrédients et saveurs dans le shōjin ryōri
Ce qui entre dans la composition
Les ingrédients de base sont le tofu sous plusieurs formes (frais, soyeux, grillé, koya-tofu lyophilisé), le yuba (peau de tofu), les légumes de saison, les légumes-racines, les champignons (en particulier shiitake et maitake), le konnyaku, les algues (kombu, wakame, hijiki), le sésame, les céréales et les légumineuses. Le namafu, un produit à base de gluten de blé, apporte de la texture et absorbe bien les saveurs. Ces ingrédients évoluent selon la saison, ce qui constitue une caractéristique déterminante de cette cuisine.
Quel goût cela a
La saveur globale est nette, subtile et profondément savoureuse, sans être piquante ni riche. Le dashi, préparé avec du kombu et des shiitakés séchés plutôt qu’avec de la bonite, offre un umami plus discret qu’un bouillon à base de poisson. Il met en valeur les légumes au lieu d’entrer en concurrence avec eux. Les personnes qui découvrent cette cuisine s’attendent parfois à un goût austère ou fade. C’est rarement le cas. La sobriété de l’assaisonnement accentue en réalité la perception de la saveur naturelle de chaque ingrédient, ce qui fait partie de l’intention.
Brève histoire du shojin ryori
L’histoire du shojin ryori suit deux évolutions liées.
L’arrivée du bouddhisme au Japon
Le bouddhisme est arrivé au Japon depuis la Chine et la Corée, apportant avec lui le principe de ne pas ôter la vie. Les pratiques alimentaires végétariennes sont arrivées aux côtés des moines bouddhistes venus du continent asiatique. Durant la période de Heian, les premières cuisines de temples produisaient des repas que l’on pourrait considérer comme des proto-shojin ryori, bien que les cuisiniers n’appliquaient pas les règles de façon constante et que du poisson apparaisse parfois dans les repas des temples.
La codification zen à l’époque de Kamakura
Le moment décisif survient durant la période de Kamakura, lorsque Dogen Zenji revient de Chine et établit au Japon l’école Soto du bouddhisme zen. Il apporte avec lui la tradition pleinement élaborée de la cuisine des temples chinois et rédige le Tenzo Kyokun, qui formalise le rôle spirituel de la cuisine dans la vie monastique. Cette version systématique et philosophiquement fondée du shojin ryori date de cette période. Au fil des siècles suivants, la cuisine s’est diffusée des temples zen vers d’autres écoles bouddhistes, puis jusque dans les foyers et les maisons de thé du plus grand nombre.
Plats représentatifs du shojin ryori
Kenchinjiru
Kenchinjiru est une soupe claire de légumes préparée avec un dashi shojin à base de kombu et de shiitakés séchés. Des légumes-racines, dont la bardane, les carottes et le daikon, mijotent lentement jusqu’à devenir tendres. La soupe tient son nom de Kenchoji, un temple zen de Kamakura où elle a été préparée pour la première fois. C’est l’un des plats shojin les plus consommés en dehors des temples.
Goma Tofu
Goma tofu ne contient aucun soja. La pâte de sésame et l’amidon de kudzu se combinent en un bloc soyeux et ferme, qui figure parmi les préparations shojin les plus exigeantes techniquement. La saveur est noisettée et riche, la texture lisse et dense. Les chefs de temple le servent généralement comme plat d’ouverture d’un repas shojin formel.
Inari Sushi
Inari sushi garnit de riz vinaigré des pochettes d’aburaage (tofu frit) sucrées et assaisonnées. L’association simple de la peau de tofu sucrée et du riz nature est l’une des préparations les plus satisfaisantes du répertoire shojin. Elle ne nécessite aucun ingrédient rare et montre tout ce que l’on peut faire avec retenue.
Nankin Soboro
Le nankin soboro associe du potiron mijoté à du koya-tofu (tofu lyophilisé) haché dans une sauce légère au soja et au mirin. Le potiron devient tendre et sucré, le tofu s’émiette dans la sauce et absorbe le bouillon. C’est un bon exemple de la manière dont le shojin ryori crée des plats satisfaisants et texturés à partir de quelques ingrédients modestes.
Sesame Somen
Des nouilles somen froides servies avec une riche sauce au sésame, souvent garnies de concombre et de gingembre. Le sésame apporte la profondeur et la matière grasse qui, autrement, manquent au régime. Ce plat illustre le savoir-faire du cuisinier shojin, capable d’utiliser un seul ingrédient de grande qualité pour créer une sensation de satiété et de satisfaction sans s’appuyer sur des aliments riches en protéines.
Recette du Nankin Soboro
Ingrédients (4 portions)
| Ingrédient | Quantité |
| Potiron | 100g |
| Koya-tofu (tofu lyophilisé) | 40g |
| Algue kombu (pour le dashi) | 23g |
| Mirin (saké doux) | 100g |
| Sucre | 10g |
| Sel | 5g |
| Sauce soja claire | 15g |
| Sauce soja foncée | 12g |
| Fécule de pomme de terre (pour épaissir) | 50g |
| Radis daikon (pour la garniture) | 20g |
Faites tremper le koya-tofu dans l’eau jusqu’à ce qu’il ramollisse, puis pressez fermement l’excédent d’eau avec les deux mains. Hachez-le finement et réservez. Coupez le potiron en morceaux de taille uniforme afin qu’il cuise au même rythme partout.
Placez le kombu dans de l’eau froide et chauffez doucement. Retirez le kombu juste avant que l’eau n’atteigne l’ébullition. Cela produit un dashi net et délicat, sans amertume. Ajoutez le koya-tofu haché au dashi chaud et laissez-le absorber le liquide.
Lorsque le dashi arrive à légère ébullition, assaisonnez avec de la sauce soja claire. Incorporez la fécule de pomme de terre dissoute dans de l’eau froide et mélangez jusqu’à ce que la sauce épaississe et devienne légèrement nappante. Retirez du feu et réservez.
Placez les morceaux de potiron dans une casserole séparée avec suffisamment de dashi pour les couvrir. Ajoutez le mirin et portez à ébullition pour évaporer l’alcool. Ajoutez le sucre, puis la sauce soja foncée, et terminez avec du sel selon votre goût. Laissez mijoter jusqu’à ce que le potiron soit tendre et ait absorbé l’assaisonnement, environ 12 à 15 minutes.
Disposez les morceaux de potiron dans un bol de service. Laissez refroidir légèrement afin que les saveurs continuent de se développer. Nappez de sauce au koya-tofu et garnissez de daikon râpé. Servez chaud ou à température ambiante.
Où manger du shojin ryori au Japon

Le shojin ryori se découvre de la manière la plus authentique dans les hébergements de temple (shukubo), en particulier sur le mont Koya à Wakayama et dans divers temples de Kyoto. Cela dit, plusieurs restaurants de Tokyo se sont bâti une solide réputation en servant cette cuisine à un niveau élevé, en dehors du contexte d’un temple.
Soko (宗胡) — Deux étoiles Michelin, kaiseki de saison

Soko, à Roppongi, est dirigé par un chef doublement étoilé Michelin et propose un kaiseki végétal à la sensibilité moderne et créative. Le menu change toutes les trois semaines afin de refléter les produits de saison. Le restaurant propose des places au comptoir, des salles semi-privées et des salles entièrement privées. Les menus complets de shojin ryori nécessitent une réservation à l’avance et doivent être demandés explicitement. Pour celles et ceux qui souhaitent découvrir cette cuisine dans ce qu’elle a de plus raffiné, c’est l’une des options haut de gamme les plus accessibles à Tokyo.
Itomasa (いと正) — Étoilé Michelin, tradition de Hida Takayama

Itomasa, à Azabu-Juban, perpétue la tradition de Kakusho, un restaurant végétarien de longue date originaire de Hida Takayama. L’établissement a obtenu une étoile Michelin et fonctionne exclusivement sur réservation. Le menu met à l’honneur des légumes de saison, du tofu, des champignons et des légumes-racines, combinés de façon inventive, avec une générosité et une profondeur à la hauteur des attentes, sans sacrifier la subtilité. La réputation des lieux tient aussi au fait qu’ils dissipent l’idée selon laquelle le shojin ryori serait austère ou peu satisfaisant.
Izumitake Tokyo (泉竹 東京店) — Un cadre de jardin depuis 1970

Situé à Setagaya, Izumitake est en activité depuis 1970 et propose un jardin ainsi que des salles privées calmes, à l’écart de l’agitation de la ville. En plus du shojin ryori, le restaurant sert du Kyo-kaiseki et du Cha-kaiseki, et est souvent réservé pour des occasions festives. Le dashi y est préparé à partir de shiitaké et de kombu, et le bouillon obtenu offre une chaleur et une rondeur qui rendent les plats consistants et satisfaisants, malgré l’absence de produits d’origine animale.
En conclusion
精進料理 Shojin ryori est l’une des traditions culinaires les plus singulières au monde, et aussi l’une des moins comprises en dehors du Japon. Ce n’est pas simplement de la cuisine japonaise à base de plantes. C’est un système de pensée complet sur la manière dont la cuisine se relie à la culture de l’esprit et au soin apporté aux autres. Les saveurs sont subtiles. Les ingrédients sont peu nombreux. La philosophie derrière chaque bol est riche.
Pour une vue plus large de la place du shojin ryori dans la culture alimentaire japonaise, les guides sur washoku, kaiseki ryori et obanzai abordent des traditions connexes sous des angles différents. Et si le tofu, au cœur de tant de plats shojin, vous intéresse, le guide goma tofu mérite d’être lu à part.
Explorez des traditions culinaires japonaises connexes : Japanese cuisine, Kaiseki ryori, Osechi ryori et Obanzai.
FAQ Shojin Ryori
Qu’est-ce que le shojin ryori ?
Le shojin ryori (精進料理) est la cuisine traditionnelle des temples bouddhistes au Japon. Elle est 100 % végétale, sans viande, poisson, œufs ni produits laitiers. Développée dans les monastères bouddhistes zen, elle considère la cuisine, le repas et le nettoyage comme des formes de pratique spirituelle. Chaque élément du repas, du choix des ingrédients à la présentation, est guidé par les principes bouddhistes de non-violence, d’attention aux saisons et de pleine conscience.
Le shojin ryori est-il la même chose que la cuisine vegan ?
La liste d’ingrédients se recoupe largement, mais le shojin ryori n’est pas équivalent au véganisme. Le véganisme est avant tout une position éthique contre l’exploitation animale. Le shojin ryori est ancré dans les préceptes bouddhistes contre le fait de tuer et dans la croyance que certains aliments stimulent le désir d’une manière qui entrave la pratique spirituelle. Il interdit aussi les cinq racines âcres, dont l’ail et les oignons, que la plupart des cuisines vegan utilisent librement. La philosophie du shojin ryori va bien au-delà de ce qui se trouve — ou non — dans l’assiette.
Pourquoi l’ail et les oignons ne sont-ils pas utilisés dans le shojin ryori ?
L’ail, les oignons, les oignons verts, la ciboulette chinoise et les échalotes sont collectivement appelés gokun, les cinq racines âcres. L’enseignement bouddhiste soutient que ces légumes surstimulent le désir et la colère lorsqu’ils sont cuits, et diminuent la clarté spirituelle lorsqu’ils sont consommés crus. Leurs fortes odeurs sont également considérées comme perturbatrices pour la pratique communautaire. Les exclure est l’une des règles les plus anciennes et les plus constantes du shojin ryori.
Où puis-je manger du shojin ryori au Japon ?
L’expérience la plus authentique se vit dans les hébergements de temple (shukubo), en particulier au mont Koya, dans la préfecture de Wakayama, ainsi que dans divers temples à Kyoto. Plusieurs restaurants haut de gamme à Tokyo proposent aussi de véritables menus de shojin ryori, dont le Soko à Roppongi (deux étoiles Michelin) et Itomasa à Azabu-Juban. Dans la plupart des établissements spécialisés, il est indispensable de réserver à l’avance.
Quel goût a le shojin ryori ?
Les saveurs sont nettes, subtiles et savoureuses, sans être piquantes ni riches. Le dashi à base de kombu et de shiitaké séché offre un umami plus discret qu’un bouillon à base de poisson, mettant les légumes en valeur plutôt que de les dominer. La retenue dans l’assaisonnement intensifie le goût naturel de chaque ingrédient. Les personnes qui en mangent pour la première fois s’attendent parfois à quelque chose de fade, mais sont généralement surprises par la profondeur et la variété du repas.
Quel est le lien entre le shojin ryori et le bouddhisme zen ?
Dogen Zenji a codifié le shojin ryori au Japon. Ce moine du XIIIe siècle, fondateur de l’école Soto du zen, a écrit le Tenzo Kyokun (Instructions pour le cuisinier), établissant la cuisine comme une pratique spirituelle fondamentale, au même titre que la méditation. Le cuisinier désigné d’un monastère, appelé tenzo, cultive trois qualités d’esprit en préparant les repas : la générosité joyeuse, l’attention bienveillante et un cœur ouvert, sans parti pris. Les pratiquants comprennent l’ensemble du processus de cuisine comme une pratique, et non comme un service.
Quels sont les principaux ingrédients du shojin ryori ?
Les ingrédients de base comprennent le tofu sous plusieurs formes (frais, soyeux, grillé, koya-tofu lyophilisé), le yuba (peau de tofu), des légumes de saison, des légumes-racines, des champignons shiitaké, le kombu et d’autres algues, le sésame, des céréales, des haricots, le konnyaku et le namafu (gluten de blé). Le dashi est préparé avec du kombu et du shiitaké séché. On n’utilise ni poisson, ni viande, ni œufs, ni produits laitiers, ni les cinq racines âcres.
En quoi le shojin ryori est-il différent du kaiseki ryori ?
Les deux sont des repas japonais en plusieurs services, fortement marqués par la saisonnalité et des principes esthétiques. La différence essentielle tient aux ingrédients : le shojin ryori est strictement végétal, sans poisson ni produits d’origine animale, tandis que le kaiseki ryori propose généralement du poisson cru (sashimi), un bouillon de poisson (dashi à base de bonite) et parfois de la viande. La base philosophique diffère aussi : le kaiseki ryori est lié à la tradition de la cérémonie du thé, alors que le shojin ryori est enraciné dans la pratique monastique bouddhiste.
Références
- Site officiel de Soko — sougo.tokyo
- Tabelog — Itomasa : tabelog.com/tokyo/A1307/A130702/13001679/
- Izumitake Tokyo — izuchiku.jp











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